Wislene est une passionnée de lecture et d’écriture. Elle écrit depuis son jeune âge. En repensant à son adolescence, elle juge que c’était un peu compliquée. Elle était un questionnaire ambulant dans un pays ou les gens n’avaient pas droit à la parole, alors les enfants encore plus. Trop de questions restaient sans réponses, trop de contradictions autour d’elle, le contraste était partout et cela la nuisait au point de vouloir s’exprimer. Comme elle n’avait pas le droit de parler, elle transcendait cette incompréhension dans les mots qu’elle glissait sur les feuilles composées de reste de cahiers d’école.

Elle a écrit son livre la petite fille qui voulait aller à l’école, vers la fin des années 1980, mais c’est en 2014, lors de son retour dans son pays natal, qu’elle a trouvé son journal intitulé ‘’le journal de l’enfant esclave’’. Pour son malheur, rien n’a changé près de trente ans plus tard. Beaucoup d’enfants subissent le contre-coup d’un système.

Le contraste qui existe entre les enfants du pays est trop criant à ses yeux. Un débat de société qui rentre dans tous les sphères, et ceci même pour les croyants. « Aime ton prochain comme toi-même » fait allusion à la classe sociale. Il existe un Dieu pour les pauvres et un autre pour les riches. Les barrières sociales prennent le pas sur la moralité et sur la foi.

Eve voulait de toute sa force aller à l’école, Madame lui a refusé. Malheureusement cela pourrait être une histoire vraie.

Mais à bien y penser, l’inégalité existe depuis la nuit des temps et si je fais référence au  discours de Jean-Jacques Rousseau sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : « Ayant eu le bonheur de naître parmi vous, comment pourrais-je méditer sur l’égalité que la nature a mise entre les hommes et sur l’inégalité qu’ils ont instituée… » Cela ne date pas hier et je ne pense pas qu’il y a une date de péremption. Je ne sais pas pourquoi c’est comme cela et peu importe les explications que je pourrais donner, cela ne servirait peut-être à rien.

Quand je regarde autour de moi, je vois tellement de contradictions que j’ai de la difficulté à suivre le courant. Je viens dans un pays qui est né avec le slogan « Vivre libre ou mourir », alors que ma tête est encore emprisonnée par bien de chaines, pour ne pas dire que la société mette beaucoup de chaines aux enfants.

Et voilà pourquoi je veux raconter l’histoire d’Ève

Hormis la mort de madame, Ève vous raconte l’histoire des milliers d’enfants qui n’ont pas le droit à la parole, à l’éducation, à un avenir meilleur… C’est le passé, je sais qu’on n’y peut rien. C’est le présent, peut-on trouver les solutions pour changer la situation. Ce qui devrait être improbable que demain nous nous retrouvons avec des adultes réfugiés un peu partout. Car dès qu’on parle d’Haïtiens, peu importe ou nous sommes, peu importe à quelle classe sociale nous nous identifions, nous faisons partie.

Mieux vaut prévenir que guérir dit l’adage, plus tard ce sont nos enfants qui vont subir le coup. Même s’ils naissent ailleurs, même s’ils ne vivent pas au pays, ils vont se sentir menacés. En plus, il ne saurait pas la vérité. En apparence, les choses bougent au pays, on parle de démocratie, de droits de l’homme, mais cela reste encore sur papier. On devait se consoler du fait que ces genres de pratique existent ailleurs, un peu partout dans le monde. Mais c’est quand même triste un tel constat.

En fait, tout ce bla bla bla pour vous dire que ce roman n’est qu’une radiographie d’un drame social, une déchirure qui s’inscrit dans le quotidien de beaucoup de familles.

J’ai voulu en parler parce que je pense que cela demande de pousser la réflexion, je dirais même au-delà des enfants restavek. Nous vivons dans une sorte de chaos oubliant que les  enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain.  Maintenant, j’ai connu d’autres façons de faire, je trouve que c’est intolérable. Eh oui! La vie à l’étranger m’a lobotomisée. J’ai perdu la capacité de me taire. Est-ce une bonne chose? Je ne sais pas. Ce que je sais en revanche, c’est que je veux contribuer en racontant leur histoire et en aidant peut-être un enfant à la fois.

Comme je dis souvent, parfois la lutte prend forme des mots écrits, organisés ou éparpillés, çà et là, voulant donner un sens à tout cela. Même si les mots ne changent pas grand-chose, c’est l’action qui compte. Pourtant, ce sont les mots qui conduisent à l’action.

Alors, je décide, d’épouser la cause des enfants, car les enfants deviennent des adultes. Et ce sont ses adultes qui végètent dans les rues, traversent la frontière pour se faire humilier et massacrer par les dominicains, ou prennent la mer pour se faire manger par les requins. Sans parler des phénomènes de réfugiés…

Mon but avec tout cela, c’est de faire une petite différence dans la vie de ses enfants…